Interview : le groupe Havas Media met le cap sur les formations certifiantes

Par , le 21/05/2014

Christine Fourcade, responsable de formation de Havas Media, groupe mondial de communication (plus de 800 collaborateurs) analyse pour nous les effets prévisibles sur sa fonction de la nouvelle réforme de la formation professionnelle.

Interview : Le groupe Havas media met le cap sur les formations certifiantes

Pensez-vous que votre fonction de responsable formation va changer avec la loi du 5 mars 2014 ?

Christine Fourcade - J’ai toujours considéré être prestataire de ma direction. Un service formation doit être une source de profits et non de coûts, grâce à l’accompagnement des salariés dans leur montée en compétences. La loi du 5 mars 2014 et le changement de paradigme qu’elle propose (passer d’une obligation de dépenser à une logique d’investissement dans la formation) va dans le même sens. Les responsables de formation qui sont déjà dans cette logique ne verront pas leur fonction changer. A l’inverse, ceux qui font plus de gestion administrative que de gestion des compétences et des carrières vont devoir faire évoluer leur fonction.

Vos achats de formation vont-ils être différents ?

Christine Fourcade - On n’achète plus de formations comme il y a dix ans. C’est encore plus vrai dans les métiers de la communication et de la publicité où nous devons nous interroger en permanence sur ce que ces métiers deviendront dans un ou deux ans. La prospective et la veille sur l’évolution des compétences fait partie de la fonction de responsable de formation. Elle se fait via les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn ou Viadeo, et l’observatoire prospectif des métiers et des qualifications de la branche de la publicité avec lequel nous travaillons beaucoup. Sur la base de ces différentes données, nous concevons des formations plutôt que nous en achetons. Nous traitons également beaucoup de demandes des RRH (Responsables de ressources humaines) et des managers, avec l’objectif de faire coïncider les demandes individuelles avec le projet global du groupe.

Quel type de formations concevez-vous ?

Christine Fourcade - Le groupe Havas Media est très impliqué dans les parcours qualifiants (certificats de qualification professionnels de la branche) et certifiants. Depuis plusieurs mois, nous accompagnons les collaborateurs dans la maîtrise de Data Driven Organic Growth (DDOG), un processus stratégique articulé autour du management de la donnée, via une formation interne, DDOG Innovation Program certifiée E-JOBS, un label de la Commission européenne visant à promouvoir les métiers du digital.

Ces formations seront-elles éligibles au compte personnel de formation (CPF) ?

Christine Fourcade - Notre intention est de demander l’inscription de nos formations certifiantes à l’inventaire des certifications transversales en cours d’élaboration au sein de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP), pour les rendre éligibles au CPF. Même si l’inscription des certifications dans un répertoire les fige d’une certaine manière, alors que les métiers concernés sont en évolution permanente.

Le CPF va-t-il avoir une incidence sur votre ingénierie pédagogique ?

Christine Fourcade - La création du CPF va nous conduire à être encore plus imaginatifs dans la construction des parcours certifiants. Les apprentis pourront par exemple mobiliser leur CPF : à nous de leur proposer des parcours de formation cohérents. Pour cela, nous devons pouvoir les orienter au mieux, et connaître les filières des métiers.

Allez-vous communiquer sur le CPF ?

Christine Fourcade - Oui, comme nous avons beaucoup communiqué sur le droit individuel à la formation (DIF). En revanche, il est trop tôt pour dire quelle sera notre politique d’abondement et si nous gèrerons en interne ou pas la contribution CPF de 0,2%.

Avec la baisse des contributions « formation », allez-vous réduire votre budget ?

Christine Fourcade - Dans notre entreprise, le budget réservé au plan de formation sera réduit de fait car nous investissons en formation à hauteur des obligations légales. Il restera logiquement un pourcentage plus faible de la masse salariale à consacrer au plan de formation versus le 0.9% en 2014. Le développement des compétences et l’innovation constituent le moteur de notre activité. Les formations linguistiques sont également indispensables : la plupart des présentations des projets s’effectuent en anglais. Il est donc impensable de transférer l’ensemble de nos formations vers le compte personnel de formation.

Quelle solution pourriez-vous proposer à votre direction ?

Christine Fourcade - Nous réfléchissons à une formule qui permettrait de maintenir l’effort actuel de formation qui est égal à l’obligation de 1,6% de la masse salariale en vigueur jusqu’en février 2016. Nous avons proposé au Secrétariat général du groupe de maintenir un « 0,6% » de dépenses, en plus de la contribution unique de 1% qui sera versée à l’Afdas, notre OPCA. Ce 0,6% serait géré en interne par le groupe pour des dépenses de formation directes. Mais cette discussion ne fait que démarrer. Elle est en outre étroitement liée aux choix qui seront faits par la branche de la publicité dans la cadre de la négociation formation qui doit s’ouvrir cet automne.

Propos recueillis par Valérie Grasset-Morel

Au 1er janvier 2015, le compte personnel de formation remplace le DIF. Découvrez ce qui va changer :

Compte personnel de formation : comment le salarié peut-il mobiliser son compte ?

Compte personnel de formation : comment est-il alimenté ?

Compte personnel de formation : qu’advient-il du DIF ?

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Compte personnel de formation : quelles sont les formations éligibles ?

 

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