Interview : Salarié depuis 20 ans, je reprends des études !

Par , le 18/04/2016

Il n’est jamais facile de reprendre le chemin de l’école, le spectre de la scolarité. En effet, le quotidien n’étant pas très attractif. C’est d’autant plus compliqué quand la personne en question est reconnue comme un « professionnel » dans le monde du travail et qu’elle possède des responsabilités.
Reprendre des études quelques années après son entrée dans le monde du travail répond à un objectif bien précis : l’assouvissement d’un projet personnel qui vise à répondre à une attente bien déterminée. D’ailleurs, il faut bien souvent convaincre son entourage du bienfondé de sa démarche. Par ailleurs, il est plus qu’impératif de présenter ses choix à son entreprise afin d’avoir son soutien.

Jacques VAN ERPE, 43 ans, Responsable Enfance et Jeunesse pour une ville de 30 000 habitants en Ile de France, revient sur sa démarche qui l'a conduit à suivre une formation de longue durée au sein de Science Po.

1)    Pouvez-vous nous présenter votre parcours de formation et votre expérience professionnelle s'il vous plait ?

Du fait de nombreuses opportunités, j'ai arrêté mes études d'Histoire à la Sorbonne en Licence pour créer une société de production musicale.

Salarié depuis 20 ans je reprends mes études

Au fur et à mesure des projets, je me suis formé seul en management, au pilotage de projet et à la PNL.

Mais après quelques années d'activité professionnelle, j'ai décidé d'orienter mon parcours vers un métier plus compatible avec ma vie de famille.

Ayant eu des expériences réussies dans les séjours et les accueils de loisirs, je me suis tourné vers le secteur de l'enfance et de l'éducation populaire. Au gré des structures, je me suis formé à la réglementation et j'ai renforcé mes connaissances sur l'environnement territorial.

Depuis une quinzaine d'années, j'ai pris de plus en plus de responsabilités au travers de plusieurs structures (associations ou collectivités). Par ailleurs, j'interviens également comme formateur dans certains domaines en lien avec les collectivités et les politiques éducatives.

 

2)    Aujourd'hui, quelles sont vos fonctions et vos responsabilités ?

Aujourd'hui, j'occupe la fonction de « Responsable Enfance et Jeunesse ». A ce titre, je pilote un service de 130 agents de terrain et 7 agents coordinateurs répartis sur 4 pôles (finance, RH, pédagogie et partenaires institutionnels).

Mes missions principales sont centrées sur l'évolution de l'organisation et des process, mais également sur l'interface avec la direction générale, les élus et les partenaires sociaux.

De plus, je conçois et pilote les projets de la collectivité en lien avec mon secteur ou avec d'autres services. J'assure également la communication avec les partenaires associatifs, institutionnels et les services déconcentrés de l'Etat.

 

3)    Quelle sont les raisons de la reprise de vos études ? Pourquoi avoir choisi cette formation et comment s'est-elle déroulée ?

Après un parcours éclectique, j'ai capitalisé une vision périphérique et j'ai eu le sentiment d'avoir fait le tour des possibilités. En effet, je souhaitais obtenir plus de responsabilités. J'ai donc eu envie de repartir en formation pour acquérir un savoir théorique et avoir une vision plus large des politiques publiques. 

Après de longues recherches, mon choix s'est porté vers l'institution d'excellence : Sciences Po.

Après avoir bien réfléchi, j'ai postulé à « l'Executive Master Management des politiques Publiques de Sciences Po » à Paris.

La sélection fut très difficile (dossier motivé et argumenté, recommandations et entretien) mais j'ai été admis au sein de cette prestigieuse école.

Ma formation a débuté en Janvier 2016. Elle dure 18 mois à raison de 2 à 3 jours de formation par mois. Il y a également des travaux à rendre entre les sessions. Sur ce dernier point, le travail à fournir est très important : plusieurs heures par semaine de travail individuel et de travail de groupe.

 

4)    Est-ce que votre collectivité vous accompagne dans ce projet ? Si oui, comment et pour quelles raisons ?

J'ai échangé très tôt avec ma hiérarchie sur mon souhait de formation et d'évolution (6 mois avant).

Grâce au management proactif dont je bénéficie, j'ai reçu un accueil très positif pour « retourner en formation ».

Ma collectivité m'accompagne financièrement et en partie sur mes journées de formation en externe. Néanmoins, je fais le nécessaire pour continuer à assurer mes missions et faire en sorte que mes absences ne pénalisent pas l'organisation de mon service, et n'impactent pas mes dossiers en cours.

Par ailleurs, les raisons de cet accompagnement sont diverses. En effet, je pense que c'est d'abord une relation de confiance qui favorise cet engagement mutuel. De plus, j'ai atteint les objectifs fixés sur quelques dossiers avec des enjeux cruciaux pour la collectivité. C'est donc une manière de me « récompenser » et de construire un avenir commun.

 

5)    Quels impacts cette reprise d'étude a sur votre vie professionnelle et personnelle ?

Sur ma vie professionnelle, j'ai fait le choix d'être totalement investi quand je suis en formation, pour en profiter au maximum.  Pour cela, je dois donc travailler différemment. J'anticipe les dossiers, les réunions, les rendus avant mon départ pour que le quotidien se déroule du mieux possible.

A mon retour dans l'entreprise, je prends connaissance de toutes les informations et des demandes en attentes. C'est une nouvelle façon de travailler très intéressante qui m'a permis de revoir mon organisation de travail et celle de mes collaborateurs.

Sur ma vie personnelle, je suis marié et j'ai 2 enfants (6 et 9 ans) et ce n'est pas aussi simple. En effet, le travail est très important entre les sessions (les lectures, les mises en fiche, les recherches). Cela représente environ 3 soirées de 1h à 1h30 par semaine, plus 4 à 6 heures le week-end.

Il faut donc savoir un peu jongler.  Cependant, en s'organisant bien, je retrouve vite du temps pour atteindre mes objectifs. Il faut noter que ce travail ne représente pas une obligation. En effet, c'est une opportunité et un plaisir, donc j'en profite pour mettre toutes les chances de mon côté !

 

6)    Selon vous, dans votre démarche, quels ont été les obstacles qui vous ont permis d'entrer dans cette formation ?

Il n'y a pas eu vraiment d'obstacle mais il faut à la fois une formation initiale et quelques années d'expériences professionnelles.

Je pense que ce qui a fait la différence dans mon dossier, ce sont les recommandations obtenues de professionnels ainsi que la diversité de mon parcours (Entrepreneur, Responsable associatif, Cadre de la fonction publique, Formateur). Et c'est lors de l'entretien, au-delà de l'aspect formel, que j'ai eu le « bagout » nécessaire pour convaincre le jury. En effet, j'ai sans cesse affirmé mon engagement, ma motivation et mon implication. Je suis ressorti « lessivé » par cet exercice.

 

7)    A l'issue de votre formation, comment imaginez-vous poursuivre votre carrière professionnelle ? Envisagez-vous un changement de poste, de service, de structure ? une nouvelle vision, de nouvelles approches du métier ?

Tout d'abord, j'ai un engagement moral avec ma collectivité et je tiens à le respecter. Je mettrai donc à profit ma formation au sein de mon service et des projets qui me seront confiés. J'espère réellement obtenir de nouvelles responsabilités.

Mais évidemment, après avoir suivi une telle formation, cela modifie mes envies. Aujourd'hui, rien n'est encore précis mais je souhaiterai à moyen terme, m'orienter vers des postes à l'étranger ou dans une organisation internationale.

J'aimerai travailler sur des sujets de politiques publiques liés à l'éducation ou l'éducation dite « populaire ».

Cependant, j'imagine que d'autres chemins se dessineront probablement au cours de ma formation à travers les rencontres, les réseaux et les propositions. Je me laisse du temps pour envisager toutes les possibilités sereinement.

 

La formation continue n'est pas seulement celle prévue au plan de formation ou via la stratégie de développement de l'entreprise. Elle peut aussi résulter du choix du salarié. Et si ce dernier est accompagné, c'est évidemment un contrat gagnant/gagnant !

Par ailleurs, grâce à la réforme de la formation professionnelle et notamment du dispositif du CPF, le salarié devient acteur de son développement professionnel et l'entreprise l'accompagne pleinement dans son évolution interne.

Notez-le : la mise en œuvre est collective, réfléchie et vise à permettre aux parties de trouver ensemble une stratégie de fidélisation du salarié.

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