Interview : comment Bouygues Immobilier s’adapte à la réforme de la formation professionnelle ?

Par , le 27/02/2014

Stéphanie Briatte, Responsable développement des compétences à Bouygues Immobilier, nous parle de l’impact de la réforme de la formation professionnelle sur son métier.

 

Interview : Comment Bouygues Immobilier s'adapte à la réforme ? - Tissot FormationFin du « 0,9% plan de formation », nouvelles contributions financières, création du compte personnel de formation et de l’entretien professionnel: Stéphanie Briatte, Responsable développement des compétences à la Direction du développement RH de Bouygues Immobilier prédit un « big bang de la formation » dans les entreprises. A la clé : de la créativité, de l’innovation … et beaucoup de pédagogie.

 

La fin du 0,9% « plan de formation » va-t-elle avoir un impact sur votre budget formation ?

Stéphanie Briatte- Cette nouvelle réforme initiée par l’accord national interprofessionnel (ANI) du 14 décembre 2013 redistribue toutes les cartes, dans les entreprises et entre tous les acteurs et financeurs de la formation professionnelle (Opca/Fongecif, branches professionnelles, Régions…). Nous allons vivre un big bang du cadre réglementaire de la formation, à l’instar de ce que nous avons connu avec les nouveaux modes d’apprentissage.

Il va falloir faire preuve de beaucoup de pédagogie pour expliquer ces changements aux ressources humaines, aux partenaires sociaux, aux collaborateurs et aux responsables financiers. Les indicateurs financiers vont en effet davantage peser dans le pilotage de la formation. J’ai également l’intuition que les Opca vont devoir être plus innovants dans leur offre de services pour assurer un accompagnement optimal des entreprises

Allez-vous modifier vos pratiques d’organisation et d’achat de la formation ?

Stéphanie Briatte- Le contexte économique s’étant dégradé, notre budget formation va sans doute se contracter. Comme tous les DRH/RF, nous devrons être encore plus créatifs et innovants dans le choix des modalités pédagogiques. Nous nous orientons vers plus de formations courtes en interne, notamment le quick learning (information-formation de quelques minutes) et la flipped classroom (approche pédagogique consistant à inverser les modes traditionnels d’apprentissage en s’appuyant sur du e-learning et des échanges avec le formateur et entre pairs).

Les formations internes ne sont pas forcément moins coûteuses que celles achetées à un prestataire car elles nécessitent une montée en compétences des formateurs internes occasionnels et un accompagnement de la part du service développement des compétences. De plus, elles sont généralement mixtes (blended). Les collaborateurs les plébiscitent fortement mais avant d’y avoir recours, nous devons nous demander à chaque fois si elles sont adaptées aux publics et aux domaines de formation visés.

Environ 30% de nos formations sont internes, sans compter les formations au poste de travail. Elles sont dispensées par une cinquantaine de formateurs occasionnels. Nous sommes une entreprise apprenante et nous avons la volonté de le rester. Chaque année, nous formons près de 85% des collaborateurs et nous dépensons plus du double de l’obligation légale depuis de nombreuses années.

Comment pourraient évoluer vos missions?

Stéphanie Briatte- La fonction de Responsable développement des compétences devient plus stratégique avec la montée en puissance de la mesure du ROI (« return on investissement ») financier et qualitatif (indicateurs financiers et qualité de la prestation de formation). Nous devons mieux cibler l’investissement formation sur les compétences stratégiques et réellement « différentiantes » sur le marché. Désormais, l’enjeu dépasse le simple respect de l’obligation légale.

Comment accueillez-vous le compte personnel de formation (CPF) qui succède au droit individuel à la formation (DIF) ?

Stéphanie Briatte- La notion de certification qui est au cœur du CPF est complexe pour les collaborateurs, et n’est pas facile à distinguer du diplômant et du qualifiant. Il va falloir être pédagogue sur ce point. A ce propos, pourquoi se focalise-t-on ainsi sur les formations certifiantes ? Les actions utiles pour entretenir l’employabilité des salariés ne sont pas forcément qualifiantes. D’autre part, il est plus facile de certifier les hard skills (compétences techniques) que les soft skills (savoir-être).

De nombreuses questions se posent encore à ce stade du débat au Parlement sur le projet de loi « formation »[1]. Nous manquons d’informations sur les formations qui seront éligibles au CPF par exemple : quelles formations figureront sur les trois listes élaborées par les partenaires sociaux en concertation avec les pouvoirs publics (liste des branches, liste interprofessionnelle, liste régionale), quelles seront les certifications transversales qui figureront dans le futur inventaire du RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), que recouvrira la notion de socle de connaissances et compétences qui doit être définie par décret?

Nous n’en savons pas plus également sur nos relations avec la Caisse des Dépôts et Consignations qui assurera la gestion des compteurs CPF au 1er janvier 2015. Comment les entreprises vont-elles alimenter les compteurs de leurs salariés ? Comment s’effectuera la bascule des reliquats de DIF en CPF ? Y aura-t-il des publics prioritaires ? Les entreprises vont-elles accepter de s’engager sur les conditions du retour du collaborateur ? Cela semble assez ambitieux. Il est encore difficile de répondre à ces questions puisque 67 décrets d’application sont attendus.

Que pensez-vous du nouvel entretien professionnel ?

Stéphanie Briatte- Chez Bouygues immobilier, nous avons déjà un entretien professionnel très formalisé. L’ANI et la loi instaurent un entretien professionnel avec un timing différent (tous les deux et six ans) et pas forcément adapté au rythme de nos managers et collaborateurs. Il faudra faire plus que de la pédagogie au regard des sanctions que nous encourons en cas de non respect du formalisme imposé !



[1] Cet entretien a été réalisé le 25 février 2014. Le vote final du projet de loi formation professionnelle/emploi/démocratie sociale doit avoir lieu autour du 28 février, après la réunion de la Commission mixte paritaire.

Au 1er janvier 2015, le compte personnel de formation remplace le DIF. Découvrez ce qui va changer :

Compte personnel de formation : comment le salarié peut-il mobiliser son compte ?

Compte personnel de formation : comment est-il alimenté ?

Compte personnel de formation : qu’advient-il du DIF ?

Compte personnel de formation : qui prend en charge la rémunération du salarié en formation ?

Compte personnel de formation : quelles sont les formations éligibles ?

 

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