Les neurosciences au service de la formation en entreprise

Par , le 27/04/2017

Introduite comme discipline à part entière en France à la fin du XXè siècle, la neuropédagogie vise à améliorer l’efficacité des apprentissages en comprenant mieux le fonctionnement du cerveau. Une sorte de rencontre entre la pédagogie et les sciences cognitives (neurosciences, psychologie, philosophie). Quels sont les grands enseignements utiles en matière de formation en entreprises ? Quelques éléments de réponses.

shutterstock_407475370Directeur général de Xos learning, Guillaume Coppin présentait à l’occasion du iLearning Forum 2017 en janvier dernier les principaux enseignements qu’il avait retenu des neurosciences pour concevoir des sessions de formation plus efficace. En voici un rapide résumé :

Il existe de nombreux mythes sur l’apprentissage sur lesquels on est revenus ces dernières années. Parmi ceux-ci citons en cinq :

 

 

  • Contrairement à ce nous avons longtemps cru (Cf. le film « Lucy » de Luc Besson) nous avons déjà la capacité d’utiliser 100 % de notre cerveau et non pas 10, 15 ou 20 %.
  • Une étude récente en Angleterre a par ailleurs montré qu’un apprenant ne va pas mieux apprendre si son style d’apprentissage (auditif, visuel ou kinesthésique) est favorisé.
  • Des chercheurs de l’Institut de Neurosciences de l'Université de New-York ont démontré en 2015, que le multitâche ne fonctionne pas car l’anticipation d’une tâche à venir perturbe la performance de celle en cours. Et ceci est vrai pour les femmes comme pour les hommes.
  • Quatrième mythe à déconstruire : On a longtemps cru qu’il y avait une période pendant laquelle on pouvait apprendre très facilement, puis que cette capacité s’étiolait avec le temps, pour presque disparaître. C’est faux. Même si un jeune enfant aura plus de facilité pour apprendre, il est possible d’apprendre tout au long de sa vie
  • Dernier mythe qui a longtemps eu la vie dure. « Il n'y a pas de différence anatomique entre les cerveaux des fœtus filles et garçons », assurait récemment Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l'Institut Pasteur. Les principales différences biologiques sont induites par l’imprégnation hormonale. Pour le reste, il semblerait que seuls l’environnement et l’apprentissage puissent modifier la structure de cet organe.

Les difficultés d’attention et de mémorisation en progression

Quand on se penche maintenant sur l’impact des nouvelles technologies sur notre capacité d’apprentissage, le résultat est mitigé.

Côté bonnes nouvelles : nous savons mieux aujourd’hui trouver une information et notre capacité de prise de décision s’est accélérée, mais la contrepartie est qu’on a aujourd’hui plus de problèmes d’attention. Nous mémorisons également moins de choses.

Il faut donc se concentrer sur ces deux problèmes. Cela ne sera une surprise pour personne : l’attention va et vient et décroit avec le temps. Or celle-ci est essentielle car d’elle découle la capacité à sélectionner une information pertinente au milieu d’un flux d’informations.

D’après les recherches de John Medina, qui a évalué l’évolution de notre taux d’attention dans le temps, en observant des milliers de cas, la capacité d’attention décroit brutalement au bout d’une dizaine de minutes. On tombe alors de 80 à 10 % environ pour ensuite osciller entre 10 et 30 % durant le reste de l’heure. Pour pallier ce problème une des solutions à privilégier est d’organiser des séquences pédagogiques de 10 mn et de créer des moments de rupture afin de relancer l’attention.

Deuxième enseignement clé : le fait de répéter l’information va nous aider à mieux nous en souvenir.

Quand on apprend quelque chose, différents emplacements au niveau des neurones doivent se connecter entre eux, générant des traces neuronales, qui vont d’autant mieux s’ancrer qu’elles seront répétées.

La capacité de notre mémoire de travail (celle qui permet de lire et de comprendre une phrase par exemple) étant limitée à 4 items, (+ ou – un item) Il est préférable de limiter les informations à présenter sur un écran à 4 informations clés au maximum. Les formateurs ont toujours tendance à vouloir trop en dire. Il est pourtant indispensable de sélectionner les messages clés que les apprenants devront retenir afin de s’assurer que ce sont bien ceux-là qui seront retenus, et non des détails plus accessoires.

Les nouvelles technologies ont eut d’autres impacts, comme l’« infobésité ». Depuis dix ans, un cadre produit dix fois plus d’informations qu’en 2007. Et ça progresse de 10 % chaque année. Cela génère un certain nombre de problème comme des difficultés d’attentions. Pour les réduire, il faut lutter contre la pollution sensorielle. Typiquement, si on fait des slides de formation en interne, cela ne sert à rien (ou quasiment à rien) de mettre le logo de l’entreprise sur toutes les pages. Pour la même raison, il vaut mieux privilégier un décor épuré et neutre dans une vidéo de e-learning.

Autre grand enseignement : 50 % de nos capacités d’apprentissage au niveau de notre cortex sont mobilisés par la vue. Il faut donc adopter le visuel comme sens principal en vue de faciliter la mémorisation et privilégier l’image au texte car on va mettre beaucoup plus de temps à traiter des informations textuelles qu’à comprendre un picto. La représentation multimédia de l’information (visuel et auditive) a encore plus d’impact en favorisant la compréhension.

Il faut donc intégrer des visuels, des mots clés associés à des images, intégrer des éléments de mouvement, synchroniser le déroulé du slide au fur et à mesure du discours et bien-sûr varier le son.

La motivation et les émotions stimulent l’apprentissage

Pour mieux capter l’attention d’un apprenant, lui transmettre un savoir et favoriser sa mémorisation, les émotions et la motivation sont des outils clés qui renforcent et stimulent grandement l’apprentissage.

Les émotions positives, comme la joie et la surprise jouant un rôle clé pour fixer l’information et favoriser la mémorisation, il ne faut pas hésiter à les solliciter en recourant à différents outils comme les anecdotes, l’humour, les effets de surprise, les images choc ou des mini-quiz.

D’un point de vue biologique, le résultat est indéniable : Quand on nous raconte une histoire, plusieurs zones de notre cerveau s’illuminent en même temps : la région sensorielle, affective, motrice et cognitive, ce qui consolide la trace neuronale. D’où l’importance du storytelling.

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