Responsable de formation : quelle place accorder aux « serious games » dans les nouvelles méthodes d’apprentissage ?

Par , le 09/07/2015

Les serious games – ou jeux sérieux – connaissent un développement soutenu depuis une dizaine d’années. Les terrains d’application de cet outil de mise en situation professionnelle appuyée sur la technologie du jeu vidéo sont de plus en plus variés. Déployer un serious game implique pour autant de réunir plusieurs conditions de réussite, parmi lesquelles l’investissement initial.

Serious game : de quoi parle t – on ?

Un serious game est une application développée à partir des technologies avancées du jeu vidéo, faisant appel aux mêmes approches de design et savoir – faire que le jeu classique mais qui dépasse la seule dimension du divertissement. Il comporte une intention « sérieuse » de type pédagogique, informative, ou encore d’entraînement. Les jeux sérieux disponibles sur le marché sont pour la plupart accessibles en français et / ou en anglais ; ceux développés sur mesure peuvent être multilingues.

Les serious games profitent depuis 10 ans des innovations technologiques appliquées à l’univers du jeu vidéo. Sur ce marché en plein développement, de nombreux éditeurs opèrent, parmi lesquels peuvent être cités Dæsign, GETZEM, Interaction Games, Manzalab ou encore 2J Process.

De multiples terrains d’application

Les serious games sont utilisés en entreprise pour assurer des formations managériales, notamment pour la conduite de différents types d’entretiens professionnels ou la gestion de projets. Ils peuvent également servir un objectif de développement de la performance commerciale des équipes de vente ou encore de sensibilisation de collaborateurs à des démarches d’innovation.

Certaines éditeurs développent des serious game sur des thématiques plus spécifiques, qu’il s’agisse de la sécurité – sûreté ou encore de la prévention des risques professionnels. Pour exemples, GETZEM Secure propose un jeu sérieux intitulé « Info-sentinel » de sensibilisation à la  sécurité de l’information. Dans ce cadre, deux modules de 20 à 30 minutes traitent de la sécurité de l’information dans les déplacements professionnels et au bureau.

L’éditeur de solutions 2J Process a récemment développé un serious game pour la prévention des risques électriques – HABILIGAME – qui lui a valu le Prix de l’innovation dans la catégorie « Conseil / Formation » au salon Préventica. Dans le cadre de ce jeu, le participant est mis en situation au travers de missions définies en fonction du titre d’habilitation électrique visé.

Quelques exemples de serious games

Entreprise

Secteur d’activité

Dispositif de formation

BNP PARIBAS

Banque de détail, d'affaires et d'investissement

Dispositif de formation de l’ensemble des nouveaux managers au niveau mondial – soit 1 500 personnes environ – à la conduite des entretiens annuels d’évaluation.

Le programme est basé sur un quiz d’auto – positionnement, des modules de découverte suivis de mises en pratique, un jeu de rôle virtuel et un bilan pédagogique.

Michelin

Industrie pneumatique

Dispositif de formation / sensibilisation des équipes marketing et vente aux risques liés au non respect de la loi anti-trusts.

L’objectif du jeu est d’identifier les comportements à risque, ceux à éviter et ceux à adopter aussi bien en interne qu’en relation avec un client.

Renault Academy

Industrie automobile

Dispositif de formation des 18 000 vendeurs du réseau Renault, répartis dans 40 pays.

L’objectif du jeu, décliné en plus de 20 langues, était de développer la performance commerciale au travers de 5 activités courtes, dont 2 sous forme de défis, et une simulation de vente.

Safran

Industrie aéronautique, astronautique, de la défense et de la sécurité

Dispositif de sensibilisation des 63 000 collaborateurs du Groupe à la protection de l’information. Le serious game « Sentinel » permet aux collaborateurs du Groupe d’appréhender positivement les règles de sureté existantes et d’adapter progressivement les bons comportements.

Total

Industrie pétrolière, gazière et chimique

Programme de formation, baptisé « Play’Inn », destiné aux 32 000 collaborateurs de la branche marketing & services, répartis dans 100 pays. Ce dispositif multilingue vise à favoriser l’émergence de nouvelles idées au sein de l’entreprise, au travers d’une sensibilisation à la démarche d’innovation et de R&D du Groupe.

Webhelp

Service et conseil en relation client

Programme de formation baptisé « Lead the way » destiné aux managers de 1er niveau. Basé sur un serious game, ce dispositif a pour objectif d’améliorer la conduite des entretiens individuels. Il vise à adapter leur style de management à leurs interlocuteurs directs (conseillers clients) et à développer leur capacité de motivation des équipes.

Le serious game plonge le manager sous forme d’avatar dans un plateau virtuel au sein duquel il vit 6 journées de travail.

 

Limites et conditions de réussite d’un serious game

L’une des principales limites à l’utilisation d’un serious game peut être l’investissement initial à consentir. Compte tenu du coût élevé dans le cas du développement d’un jeu sur mesure, cette modalité est réservée à des grands groupes souhaitant déployer une formation intéressant un grand nombre d’apprenants, sur un temps limité, permettant ainsi un retour sur investissement. Le coût d’un serious game sur mesure peut varier entre 50 000 et 1 million d'euros, avec une moyenne entre 200 000 et 500 000 euros. Les serious games « sur étagère » ont un coût moins élevé, compris entre 20 000 et 200 000 euros, avec une moyenne de 80 000 euros.

Le principe d’un jeu sérieux est d’exploiter les ressorts du jeu comme outil d’apprentissage ; pour autant, il convient de ne pas se limiter à la seule dimension du divertissement : l’objectif global de la formation et les contenus visés doivent rester en ligne de mire. Le formateur ou tuteur doit être pleinement impliqué comme acteur à part entière du scénario. Dans cette même perspective, la situation proposée doit être perçue comme étant proche de la réalité professionnelle pour que les participants adhèrent au jeu.

Pour maintenir la motivation à jouer dans la durée, il importe également de l’animer par l’organisation de challenges, trophées et autres jeux concours. Le gain de points et l’obtention de statuts pour valoriser les joueurs stimulent l’intérêt au jeu. Le jeu se partage alors entre collègues, il se pratique à plusieurs. Il peut ainsi contribuer au renforcement de l’esprit d’équipe.

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